Orochi

Ce que j’aime dans la vie c’est manger, les bains et les orgasmes. Et ça tombe bien, depuis le confinement, je peux consacrer beaucoup plus de temps à ces activités.

Je m’allonge confortablement dans mon bain, je dirige avec précision le jet de la douche entre mes genoux, je ferme les yeux et j’imagine.

Je suis une ondine nageant nue dans une rivière sombre. Je me laisse porter par le courant, l’eau me caresse doucement, je renverse la tête en arrière, je vois la nuit tombante teinter de lumière cuivrée les saules pleureurs inclinés sur la rive, leurs branches noueuses plongent et ondulent à mon passage comme pour me retenir.

La rivière est calme, à peine quelques chants intermittents d’oiseaux ou de grenouilles pour troubler sa quiétude. Je glisse sur ce miroir d’eau, cheveux flottants comme des algues, la poitrine affleurant à la surface. L’eau est un élément vital pour les ondines, chaque cellule de la peau se nourrit de sa caresse fluide.

Mais alors que je me laisse aller dans cette douceur, je remarque un phénomène surprenant. La rivière s’agite par endroits. Des remous écumeux fendent l’eau dans ma direction.

J’accélère le mouvement pour m’éloigner de cette indéfinissable menace, mais bientôt des vagues s’élèvent autour de moi et m’inondent dans un déferlement de cascades tentaculaires. 

À mesure que l’immense masse liquide prend forme je reconnais le dragon des rivières : huit têtes, huit queues et un tempérament bouillonnant. 

Les tentacules s’étirent vers moi. À la fois pétrifiée et fascinée, je sens leur texture fluide m’agripper de toutes parts et glisser sur ma peau. Elles s’enroulent autour de mes chevilles et de mes bras. Je suis soulevée hors de l’eau, immobilisée, captive. 

J’essaie de me dégager, mais l’emprise se resserre. Les multiples queues de la créature me maintiennent le cou, me ceinturent, me menottent. À force de me débattre, je réussis à mordre la chair gélatineuse de mon assaillant. 

La réaction est immédiate : huit têtes furieuses surgissent de l’écume, leur regard d’onyx foudroyant sur le point de liquéfier leur proie. 

Je réprime un mouvement de répulsion alors que la tête de la créature s’approche, babines visqueuses retroussées sur plusieurs rangées de petites dents acérées, derrière lesquelles on aperçoit une langue rouge et luisante. 

Les yeux mi-clos, osant à peine respirer, j’aperçois alors son museau plonger vers ma poitrine, aussitôt suivi par la douleur fulgurante de la morsure. Des gouttes de sang jaillissent sur mes seins. 

Penchées sur moi, les autres têtes m’assaillent à leur tour. Les blessures sont bénignes, je sais qu’elles pourraient me déchiqueter en une bouchée.

Ma respiration s’accélère lorsque les langues étonnamment longues de la créature se déroulent et serpentent sur ma peau ensanglantée, s’appliquant à lécher les plaies imprimées par leurs mâchoires. Une vague d’étranges frissons me traverse. 

Je comprends alors pourquoi j’ai été épargnée. 

Si les ondines vivent de la rivière, le dragon en est le seigneur, disposant d’un pouvoir absolu sur tous ses hôtes. Avide, mais aussi fin connaisseur, il aime goûter les fluides des ondines, particulièrement sang et cyprine, dont il apprécie les arômes délicats. Et il sait parfaitement comment parvenir à ses fins. 

Les contours menaçants de la créature s’adoucissent et se diluent en reprenant leur état liquide. Sans desserrer leur étreinte, les tentacules forment des langues d’eau qui s’insinuent entre mes jambes.

Sous leur caresse effervescente, un flot de sensations me submerge. Je résiste faiblement lorsqu’ils forcent leur passage entre mes cuisses et me laisse pénétrer sans pouvoir retenir un cri. Les ruisseaux tentaculaires deviennent de puissants torrents. Leur mouvement liquide m’inonde de vibrations jusqu’au plus profond de moi, je me se sens fondre de l’intérieur, emportée par des vagues de plaisir. 

Alors que je m’abandonne, les tentacules relâchent leur emprise. Libérée et encore tremblante, je ne fais aucun mouvement pour m’enfuir. J’ouvre les jambes et m’offre au seigneur de la rivière.

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