L’araignée nocturne

Tardivement épuisée par cette journée qui n’en finit pas. Une productivité sans limite de vidéos minables et d’articles en tous genres provenant de l’écran lumineux. Je suis cernée, les yeux agrandis par la connerie de notre monde. Je bloque le plafond de ma chambre, perdue dans mes pensées. Dans les coins, les araignées ont tissé leurs hamacs. Elles sont tellement agiles… Je finis par éteindre ma lampe de chevet.
Il est temps de retrouver les bras de Morphée.

L’insomnie pointe le bout de son nez. Je me tourne et me retourne enlaçant les draps entre mes jambes comme pour leur donner vie. Mon coussin est devenu la personnification de ma solitude, je le serre contre mon cœur, peu à peu il est lui. Les pensées s’étirent, s’effilochent, s’enlacent…

Un tapis de mousse et d’herbes fraîches. Le bruit d’une rivière, le hululement d’une chouette.

Je sais qu’il est là tout près, je le cherche du bout de mes doigts. Je tâtonne… C’est bien lui, je sais la douceur de sa peau, je connais cette odeur qui enivre mes sens…
Je me rapproche de son corps chaud, immobile. Pose mon visage dans le creux que forment ses omoplates. Je le respire. Ah que c’est bon de le retrouver…

Soudain il me prend, me retourne tout contre lui, emmaillotée comme un nouveau-né, ses bras m’enserrent, si fort. Il commence par m’embrasser de longs baisers, son souffle chaud et humide sur ma nuque. Les frissons parcourent mon cou et raidissent mon dos, mes fesses se plantent tout contre le creux de son bassin… Je sens durcir son envie. Un sourire en coin et je deviens serpentine. Me frottant contre son sexe en érection, mes reins forment de petits ronds. J’aime le savoir dur derrière mon cul…
Je me retourne et plante mes yeux dans les siens, ils brillent de désir. Il est si beau. Le temps pourrait s’arrêter maintenant. Bien sûr que non…

Ses mains n’ont de cesse de parcourir mon corps, entièrement. Ma gorge, mes seins, mes côtes, le creux de mes reins, une main remonte le long de ma colonne vertébrale qui se courbe sur son passage. Ma nuque, il mord à pleine dent.
« Aïe ! » J’aime cette douleur sourde.
Il redescend, mon ventre, il s’approche, doucement, sûrement, adroitement, ses doigts dansent comme les pattes d’une araignée. Ce petit jeu attise m’a patience… Je ne suis pas patiente.  »
Allez… » Je supplie. L’autre main a filé droit entre mes cuisses. De ses doigts il sépare mes lèvres comme s’il se préparait pour une expédition, il tâtonne lui aussi, il est incertain. Je suis déjà en nage là-dedans, il commence par me caresser doucement le clito, longuement… Mon excitation s’accentue… Puis sans hésitation ses doigts s’engouffrent dans mon vagin, ah putain, ça me donne comme un électrochoc ! C’est si bon et si soudain. Il continue à danser de ses doigts dans mon corps, une sonate de Beethoven est en train de s’y jouer, mon clitoris s’enflamme…
« Comme c’est bon. Encore, encore… Oui vas-y… »
Là ! La musique. Les notes s’envolent… Elles résonnent autour de nous, sous la voûte céleste. Ma vision est brouillée. Je suis toute à lui, entière, incapable de me contrôler…
J’ai le souffle coupé, les yeux fermés. Je sais son regard, je sais son sourire…

Je me retourne, je le plaque sur le dos et monte sur lui. Je l’embrasse. Nos lèvres reprennent la mélodie, pressées l’une contre l’autre, nos langues s’entremêlent, les dents mordent et s’entrechoquent. Sa queue contre ma chatte, je la sens si bien. Je l’entends, elle m’appelle. Je pourrai aller l’embrasser elle aussi… La lécher langoureusement, c’est une petite passion. Dans ces moments là, ce qui me plaît le plus c’est de pouvoir le regarder puis sentir son désir dans ma bouche… La sève qui monte et jaillit, le goût âpre.
Mais je m’égare…
De ses mains fortes il m’assoit sur sa bite, nouvel électrochoc !

J’ouvre les yeux, mon cœur bat si vite, j’halète de bonheur.
Cette sensation si intense dans mon ventre…

Pourquoi ai-je froid ? Je tremble sous ma couette, mes mains sont contre mon sexe. Où est-il ? La chaleur des corps moites n’est plus.
Un rayon de lumière s’est introduit dans ma chambre.
Il n’est pas là, il a disparu.
Et moi qui suis encore inachevée… Je sors mon vibro. C’est froid. Mais ça marche. Je viens vite, facilement, sans artifice.

Un mauvais rêve commence alors.
L’angoisse d’une journée interminable, inexistante. La solitude de l’autre. L’écran lumineux donne une couleur blafarde à mon visage, je swipe à gauche. La plupart des hommes me dégoûtent avec leurs gros corps piqués aux hormones, huilés, prêt à être frits. De temps en temps une perle rare, swipe à droite. Ça match, youpi, super, je n’ai pas envie de parler, mais pourquoi je fais ça ?

Pour mon ego ? Pour duper la solitude ?
Je le cherche lui…

Ah ! Putain de confinement, putain de COVID-19. Je porte en moi le virus de ce souvenir.

Morphée revient…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

close-alt close collapse comment ellipsis expand gallery heart lock menu next pinned previous reply search share star