La pause

C’était au début, le 6 ou le 7 avril je pense, j’avais fini mon shift. Une semaine avant on avait reçu aux soins intensifs les pires cas des autres hopitaux; les urgences étaient vides mais ici les lits commençaient à déborder. Après 9h sans arrêt à courir partout j’étais allée dormir sur deux chaises à la salle de break. C’est rare que je rêve quand je m’endors épuisée, mais en même temps je ne rêvais pas vraiment, à mi-chemin entre des images que j’allais chercher moi-même et d’autres que mon cerveau me proposait. Des souvenirs d’un gars que j’avais vu quelques fois 2 mois plus tôt, un grand gars, trop grand pour moi presque (je fais 5 pieds 4), que j’imaginais nu contre moi et qui s’allongeait et s’allongeait jusqu’à ce que son visage disparaisse, mes joues d’abord contre son torse et qui descendaient sur son corps à mesure qu’il grandissait, plus bas jusqu’à son ventre, jusqu’à sentir les poils de son pubis sur mon menton, encore plus bas, sentir son sexe passer sur mes seins et ensuite mes lèvres, avec une envie de l’attraper, mais il grandit trop vite, il monte et moi je descends et il devient inaccessible. Dans mon rêve je me fâche de le voir partir vers les cieux avec sa bite, je lui donne un coup de poing dans les genoux mais il s’enfuit quand même alors je continue de frapper ses tibias sans arrêter, je me débats comme une enragée et soudain je ne suis plus seule. Il est parti mais Alex l’a remplacé; tout habillé dans son uniforme d’ambulancier il essaie de calmer ma rage en me plaquant sur le sol, un bras en travers du torse, son genou sur ma cuisse. Ça me fait mal et je continue de me débattre. Je réussis à libérer une main avec laquelle j’agrippe ses fesses; ça l’excite, il me retourne sans faire attention… mes épaules et mon cou écrasés contre le sol, j’ai mal mais je mouille à sentir Alex plaquer sa main entre mes cuisses.

Je me réveille en entendant la porte ouvrir, avec le mal de cou de mon rêve qui s’explique par une posture vraiment pas top pour dormir, appuyée contre le mur. Un préposé tout en bleu que je ne reconnais pas avec ses lunettes, son masque de protection et sa visière lève la tête vers moi et s’excuse. Pas grave.

On se regarde deux secondes en silence et avant qu’il ne se décide à bouger je me lève et marche lentement vers lui. Mon cerveau commence à vaguement énumérer les préposés habituellement à l’étage vers cette heure-ci mais je l’interrompt, je me force à ne pas essayer d’estimer l’heure qu’il est, à ne pas essayer de me souvenir qui a sa taille. J’essaie de donner une chance au rêve de se poursuivre.

Je m’agenouille devant lui pour ne pas voir ses yeux et défais le cordon de son pantalon. Il est assez tendu et probablement surpris mais ne semble pas vouloir se sauver. Je le prends dans ma bouche en entier, tout de suite, pas le temps de niaiser: quelqu’un peut entrer n’importe quand et j’ai besoin de son érection. Après deux ou trois minutes il ne veut manifestement plus partir et semble vouloir ôter sa visière et son masque; je me lève et saisis ses mains pour l’en empêcher. Je me retourne et guide sa main gauche sous ma blouse, sa main droite entre mes cuisses pendant que je pousse mes fesses contre son sexe. Rendu là il n’a plus besoin d’aide et enchaîne la suite par lui-même. Je le sens entrer assez doucement pour profiter de la sensation mais très vite il accélère, ses balancements deviennent des coups et ses mains agrippent mes épaules, caressent mon ventre. Je sens qu’il va jouir vite, je me caresse avec la frénésie d’un sprinter nez à nez avec son adversaire 10m avant la fin.

Je jouis comme si je frappais un mur de béton en vélo. Lui aussi je crois.

On n’a pas parlé, c’est une forme de distanciation sociale.

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