Early Birds

Anonyme

On s’est rencontré sur une appli de rencontre il y a trois semaines. La veille du discours du président qui annonçait le prolongement du confinement – on est forts en timing. Il habite à une demi-heure à peine de chez moi ; il vit chez sa mère, moi avec deux amies qui sont venues se confiner dans mon appartement. Nous sommes tous les deux des oiseaux de nuit ; nous les passons à discuter ensemble, nous couchant bien après que le jour se soit levé.

Autant dire que l’idée nous a effleuré de sortir en douce à quatre ou cinq heures du matin pour nous retrouver. Nous rencontrer. Nous aimer aussi, peut-être.

Mais l’idée a vite été avortée. Où se retrouver ? Quand ça ? Et si les flics nous surprenaient ? Je ne voulais pas seulement l’entrevoir ; je voulais profiter de lui, pleinement. L’avoir tout à moi. Combler ces trois semaines de messages, d’appels et de visios. Savoir que je pouvais prendre mon temps avec lui. On en a donc jamais reparlé. Or plus le nombre de jours qui nous rapproche du déconfinement diminue, plus nos discussions dérapent, se réchauffent d’images et de paroles plus ou moins explicites. J’essaie de me contenir, et lui avec. Mais nous en avons tous les deux très envie.

Si bien qu’hier, j’ai craqué. Je ne pensais pas que ça arriverait. Je lui avais dit – et m’étais promis – que je me retiendrais. Mais le voilà qui parlait distraitement de sa langue, puis de ses doigts et de ce qu’il pourrait faire avec les jolis fruits que je lui envoyais en photo. J’ai craqué.

À ses longs messages encore bon enfant et d’un ton léger, pleins de désirs voilés sous des plaisanteries, a répondu un froid : « J’ai très envie de toi ». Sans ponctuation. Cru. Sans appel. Il a tout de suite compris. Il a alors laissé tomber la plaisanterie et m’a confié tout ce qu’il avait envie de me faire depuis ces trois dernières semaines.

« Moi aussi, j’ai envie de te prendre partout dans ton appart »
Je lui répondis sans attendre : « J’en suis à un stade où j’aimerais que tu me prennes n’importe où, même dans les escaliers ou le couloir »

C’est à ce moment là certainement que nous avons tous les deux commencé à nous toucher, très excités. Il était six heures, le jour était déjà levé. Mes colocs de fortune dormaient, mais je savais qu’elles ne tarderaient pas à se réveiller et que je ne devais faire aucun bruit. Ses mots me faisaient mourir de chaud. Et j’avais beau me toucher, je n’arrivais pas à jouir. J’avais envie de lui, envie de le sentir en moi, lui, et pas mes doigts. Il me disait que lui aussi, et savoir qu’il était dans le même état que moi m’excitait encore plus. Je mouillais plus que je n’avais jamais mouillé, sans jamais parvenir au bout ; cela a duré une bonne heure. Lui non plus n’y arrivais pas, il voulait m’entendre gémir. Même moi j’en avais envie, mais je savais qu’on m’entendrait. Je gardais mes mâchoires serrées, mordais mon coussin pour m’empêcher de faire le moindre bruit. Ne laissant s’échapper dans l’air que mon souffle, devenu lourd et profond. « Une vidéo a pas besoin de son » a-t-il conclu, « je veux me finir en te voyant », « maintenant » je lui envoyais une photo, incapable de faire plus dans l’état où je me trouvais, et lui demandais un service égal en échange :

Moi : « Envoie moi une photo aussi »
« j’ai envie de te voir »
« ou de t’entendre »
Il me demanda ce que je préférais.
« Le plus rapide »
Sa photo vint immédiatement
« J’en peux plus » commentais-je.
Lui : « moi non plus » « T’es trop excitante »
Moi : « Toi aussi » « T’es si beau j’ai tellement envie que tu mettes ta queue en moi là »
Lui : « Si tu jouis intensément en pensant à moi, t’auras un avant-goût de ce que tu vas vivre » J’en arrivais à ma limite, ses mots m’ayant complètement enflammée.

Perdue, j’essayais de me rappeler de rester silencieuse, mordant mon coussin à pleine dents. Il était sept heures et demie, j’avais des fourmis dans la main. Et lui dans le pied, pour une raison qui m’échappa.

Autant dire que j’ai très envie que le confinement soit fini pour pouvoir le rencontrer. Vivement lundi.

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