La robe de mariée

Confinée dans ma vie domestique de mère de famille et de femme engagée, je plonge, à rêveries perdues, dans mes souvenirs. Je plonge dans une indécence suspendue aux relents d’arômes érotiques. Je plonge nue, dans des eaux libres et sensuelles. Celles des luttes fécondes.

C’est un matin comme les autres. Une séance de masturbation aquatique quotidienne banale. Et pourtant…

Le souvenir m’envahit, s’empare de moi. Me pénètre et m’enveloppe tout à la fois.

C’était un soir pas ordinaire, dans un club pas ordinaire. Pour honorer la fête de Marie, je portais ma longue robe blanche immaculée et vaporeuse. Pour honorer ma soif de peau, je cachais un short de cuir noir moulant dessous. Pour honorer mes espoirs de jouissance, ma chair était ceinte d’un tong de dentelle rouge. Effeuilleuse en puissance, sagement arrimée au bras de mon partenaire. Ouverte et disponible. Frondeuse du dimanche. Il s’agissait d’une première visite. Nous n’allions que regarder.

Les premières heures, mes sens survolent négligemment les ébats érotiques se déployant autour de nous. Aucun véritable désir. Une légère lassitude s’installe. Presqu’un dégoût. Cet endroit n’est peut-être pas pour moi.

Mais une prédatrice demeure aux aguets… Son regard se fixe. Enfin je le vois. Mon attention s’ancre sur ma proie. Une grandiose promesse ébène en sursis. Je vibre déjà. Immense faim d’insouciance.

J’invite et initie une danse langoureuse, subtilement lascive, sous le regard de mon partenaire, au milieu d’une foule inconnue.

La compatibilité des rythmes et des phéromones qui émanent de nos corps avides se confirme.

Dans un des couloirs du deuxième étage, sous le regard d’un surveillant déconcentré de sa fonction, ma langue et ma bouche soupèsent déjà le poids du désir « désharnaché » de mon dieu satanique. J’embrasse, je lèche, je déguste son immense sexe libéré. Cet homme et son sexe immense, je les veux sur moi et en moi. Ce soir je serai la reine du bal.

Les présentations sont faites. Lui et nous. Dans une chambre vitrée. Les lumières sont tamisées au maximum. Nous demeurons offerts à tous les regards intéressés. Je ne suis pourtant pas exhibitionniste. Plutôt voyeuse. Et pourtant, pourtant…

Pourtant je continue de me culbuter toujours plus loin. Me voilà à quatre pattes. Délestée de ma robe virginale. La queue de mon partenaire dans la bouche, le cul moulé et cuiré offert en pâture au regard de mon prétendant. Un prétendant initialement réservé, assis en retrait. Rapidement devenu impatient.

Le blanc et le noir de nos trois corps s’emmêlent et se démêlent sous les regards des voyeurs. Je dirige et subit tout à la fois. Une effusion de caresses, de râles, de pénétrations toutes plus jouissives les unes que les autres.

Ça dure et se poursuit, encore et encore. Exploration lascive nocturne.

Jusqu’à cette finale. Cette apothéose épique. Cette chevauchée mémorable.

Agenouillée de dos sur ce sexe magistral qui s’enfonce toujours plus profondément, plus rapidement et plus autoritairement dans mon antre étiré jusqu’au seuil de la douleur. Face à face avec des personnes qui cognent pour entrer dans la pièce et se joindre à la fête. Je sens ses immenses mains qui s’appuient sur mes hanches pour leur donner un rythme sénégalais endiablé. Je perds toute forme de repère. Je voyage dans un espace délirant, quasi intersidéral. Une intensité d’existence et de jouissance surréaliste. Je suis tout et rien à la fois.

Mon partenaire, sage spectateur du dernier acte de sa diablesse dira plus tard que jamais, au grand jamais, il n’avait entendu sortir de tels sons de ma gorge déployée. Plaisir guttural.

Je peux encore sentir ce sexe en moi. Je peux encore entendre cette douce voix sensuelle me susurrer, après un dernier et tendre baiser: « il y a de très belles découvertes à faire sous cette robe de mariée ».

Vivant débridé, relâché au temps de la torpeur.

Note : l’homme de cette histoire a revendiqué son identité nationale.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

close-alt close collapse comment ellipsis expand gallery heart lock menu next pinned previous reply search share star