Switch

Texte : Charline Boudreault

Je l’ai dominé et j’ai mouillé. 
Et j’en suis fière. 

On s’est écrit via une app de rencontre. Tu étais de passage à Montréal pour la fin de semaine et on s’est dit « pourquoi pas ». Le plan était de se rejoindre à un match d’impro où jouait ton frère sur la rue Ste-Catherine dans un bar Cocktails & Karaoké.
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Je suis arrivée au bar accompagnée d’une amie. Je me sentais trop insécure pour y aller seule. Y’a de ces soirs où on aime mieux avoir une porte de sortie, mettons. 
Je n’ai pas tardé à te spotter dans la place. De toute manière, on devait être une dizaine gros max dans tout le bar. Salutations, léger malaise. Fuck, qu’est-ce que je fais ici? Anyways, mon amie était là, bienveillante et les mains pleines d’un pichet de rousse et de verres.

Tes amis aussi étaient là. T’es quand-même descendu de Québec pour les voir. Je me suis présentée, mon amie avec, sans trop retenir leurs noms. Le match d’impro était satisfaisant. T’étais assis à la table d’à côté pis moi je te regardais subtilement dans mon angle mort. On a fini par se rapprocher. T’as tiré la chaise en plastique blanche de patio cheap pour te coller tranquillement la cuisse contre la mienne. À la fin du match, mon amie avait déjà quitté le bar en s’assurant que j’étais okay. « Ouais, ça va être correct. Le métro est pas loin si jamais ».
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Et j’étais là, sans trop savoir à quoi m’attendre pour la suite des choses. On s’est finalement habillés de nos manteaux pour sortir en me disant que c’était déjà la fin de cette courte date légèrement awkward. Puis je t’ai lancé, un peu déçue: « J’comprends si tu veux aller prendre un verre avec ton frère et tes amis, tsé. » j’étais prise avec cette envie de te connaître davantage et ce qui me semblait logique pour toi. À ma grande surprise, tu as dit à ses amis que tu préférais rester avec moi et tu m’as proposé de marcher vers l’Ouest sur ste-cath.
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Après un ptit bout de marche sous la douce neige de novembre, tu m’as arrêté pour m’embrasser, en plein milieu de la Place des Arts. On est peut-être restés 15 minutes comme ça, bien, ensemble pis j’me suis perdue dans tes yeux bleus remplis de tendresse. On se connaissait à peine. J’avais vu de toi quelque photos sur Tinder et c’est tout. Mais là, c’était la première fois que je te regardais pour de vrai. T’étais beau, la bouche invitante de chaleur. Sans attentes, je t’ai proposé d’aller chez moi. 
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Tes lèvres étaient presque toujours sur les miennes et tes yeux; plongés dans les miens. C’était simple et doux pour une première date .
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Suite à ton départ le lendemain matin, je n’ai pas pu résister. Je devais te revoir. Vite. Le temps pressait; tu retournais à Québec le lendemain. On s’est donné rendez-vous au Quai des brumes. La musique était agréable autant que ta présence près de moi. Une vague chaleur me parcourait le corps tandis que nous revenions chez moi, dans le confort de mes draps. Et au moment où je pensais que le jeu se répèterait comme la veille que tout à changé. 

J’ai glissé lentement mes lèvres sur ton cou pour le lécher tendrement, puis je t’ai mordu. Des gémissements sont sortis de ta bouche. Tu aimais ça. Tu te donnais à moi. Je te lisais sans qu’il y ai mot à dire. Ma vulve brûlait sous cette nouvelle forme de plaisir. Je t’ai passé la main au cou, puis j’ai serré lentement pour confirmer ton désir grandissant sous la douleur. Affirmatif. « Let the fun begin ».

Sans te quitter des yeux, je me suis levée de mon lit avec lenteur puis j’ai ouvert un des tiroirs de ma commode. Ayant maintenant quelques accessoires kinky en ma possession, j’ai choisi un blindfold en tissu pour te bander les yeux. Tu étais maintenant privé du sens de la vue et je m’en réjouissais. Je frissonnais à l’idée de te dominer. J’en avais les mains moites d’excitation. C’était notre première fois pour tous les deux. Toi soumis, moi Maîtresse. Nous étions beaux et je te regardais, sans même que tu le saches.
J’ai ensuite approché ma bouche de tes oreilles. Mes propres chuchotements résonnaient en écho dans mon corps. « Je te donne 10 secondes pour me lécher la chatte ». Tu t’es docilement mis à la tâche, excité par le compte à rebours qui vibrait dans mes cordes vocales. Tu obéissais à toutes mes paroles et répondait par “Oui, Madame”. Je ressentais un immense sentiment de fierté envers toi, comme si nous avions exécuté ce jeu des milliers de fois. 

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Je ne pourrais décrire en détail tout ce qui s’est passé ce soir-là. Je n’en retiens que des sensations immenses de respect, de puissance et d’infiniment grand. Nous nous sommes fait confiance à travers ce désir d’exploration, de découverte et d’excitation. C’était la première fois que je n’ai pas eu de pénétration lors d’un rapport sexuel avec un homme et pourtant, tous nos sens étaient en communion. C’était magique.

Puis tu es retourné à Québec. Nous ne nous sommes jamais revus. J’espère que cette expérience a métamorphosé ta vie autant que la mienne. 

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