Jouir

Texte et illustration : J.

Je la regardais parler pis j’avais juste envie de lui plaquer ma chatte sur la langue. Il était là, devant moi, à parler en agitant ses mains à toute allure, son visage animé par toutes ses estis d’expressions faciales ridicules, pis moi, moi devant lui, j’écoutais rien, j’entendais plus le son de sa voix, j’observais juste sa bouche se torde dans tous les sens pis je pouvais juste penser à quel point j’avais envie de me lever, de déziper mes pantalons pis d’y écraser ma chatte. Lui dire ok c’est correct ok ok ta yeule. Lui dire je m’en fous des démarches administratives pour ta bourse d’études, je m’en fous du vermifuge de ton chat, je m’en fous de Sarah qui t’a choké jeudi soir, je m’en fous, je veux pas de ça, je veux pas de tous ces mots là. Lui dire j’en veux pas de ton quotidien, j’en veux pas de tes banalités, j’en veux pas de ta discussion de coin de bar. J’m’en crisse, j’m’en contre-câlisse. T’es pas ça, tu peux pas être ça, tu peux pas être un sous-verre déchiré, une pinte de rousse tiède pis des phrases molles, remplies de mots immobiles, obèses, empâtés par la cellulite de journées mornes à chier. J’en veux même pas de ta voix, j’en veux pas de ce que tu vis, j’m’en crisse de savoir, j’m’en crisse -mais alors là, je m’en crisse en sale- de prendre des nouvelles. 

Ma jouissance. J’veux que tu sois ma jouissance. J’veux juste ça. Juste ça, ça de toi, ça de toi et moi, ça de notre présence conjointe, ça de ton corps pis de mon corps à un mètre. Je veux que tu sois mes yeux qui roulent, je veux que tu sois ma peau qui frissonne, mes membres qui tremblent. J’veux que tu sois le beat étouffé d’un speaker, une odeur de sueur dans la nuque, un steak bleu, des néons roses fluo. J’veux être ta jouissance pis que tu sois la mienne, je veux qu’on s’explose, qu’on se sorte de nous, je veux qu’on se fasse oublier tout, je veux qu’on sache plus parler, que se foute de l’essence sur le vocabulaire pis qu’on foute le feu, qu’on dynamite tous nos souvenirs, notre conscience, notre réel, qu’on oublie que ça existe, que ça a jamais existé, les comptoirs de bar, les bières rousses pis les mots tièdes, qu’on se laisse croire que tout ne peut être que tsunami, tremblement de terre, ivresse, défonce, qu’on danse, qu’on se grise, qu’on jouisse et qu’on se jouisse, qu’on se jouisse l’un et l’autre, qu’on se jouisse de tout, qu’on dégueule à la ville entière des cris de victoire, qu’on gagne, qu’on gagne sans arrêt, 3000 gros lots de suite, des combinaisons gagnantes partout sur le corps, étalées partout sur la peau, entre tes jambes, dans mon cou, des milliers de prix, de trophées de bowling, de soccer, de chasse, des médailles d’or que je lèche sur toi, que je bois dans ta sueur. Je veux bouffer ta chair pis que ça goûte le tartare de boeuf, le caramel salé, la guimauve calcinée, j’veux que ça goûte tes râles pis tes orgasmes, j’veux dévorer tes cuisses, sucer tes doigts un par un, faire bander mon estomac, perdre le nord, exploser ma boussole, faire péter ta logique pis ta raison pis tes ‘’parce que’’, je veux plus rien comprendre pis je veux que y’ait plus rien à comprendre, je veux faire un finger aux angles droits, au feux de circulation, à la couleur vert-de-gris, envoyer chier les locutions de causalité, les adverbes trop longs, dégueuler sur l’attente, les silences, les mains vides. Je veux ta langue dans ma chatte pour percer la poche d’insignifiant que t’as dans le fond de la gorge, je veux m’enfoncer de toi pour défoncer la couche d’ennui sur ta langue, faire craquer la bulle de vide, laisser se déverser l’océan de banal qui me prive de toi, de toi pis de tes cris, pis de nos jouissances, pis des lumières qui nous aveuglent, atteindre à nouveau la fièvre, nous retrouver, furieux, exaltés, éperdus, retrouver, ressentir, vibrer. Je veux vibrer de toi, te transir de moi, je veux qu’on se déchaîne jusqu’au bout, à en brûler, en crever, peut-être. Je veux jouir. Je veux. Je veux.

Je te veux.

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