Histoires impudiques
en temps de pandémie

Des récits d’expériences réelles ou des fantasmes, qui racontent comment les désirs s’expriment dans une période de distanciation physique et de confinement. La libido est-elle affectée par les interdits, le huis-clos, les relations à distance, les privations? Serait-ce l’occasion d’explorer de nouvelles possibilités créatives?

Un voyage en Uber

Ce jour là j’ai eu besoin d’un Uber, il est venu me chercher devant chez Justine et les nouvelles lois en rapport avec le covid-19 venaient de tomber; “plus le droit de se déplacer en dehors de son quartier”. Il me conduit donc de chez Justine à Côte Vertu jusque chez moi dans La petite Italie. Sur la route et entre nos conversations inquiétantes sur la situation de crise je réalise qu’il est très beau, très avenant, très sexy…

BYOD

J’ai juste envie de trouver une belle excuse. J’en peux plus, vraiment c’est comme si j’étais poussée à réfléchir avec mon clito. Je me suis mise sur Tinder, pour passer le temps on va dire. Passer le temps ou laisser le temps passer. Peut-être que ça va se calmer. Le swipe est pas mal, y’a de si belles femmes dans cette ville. Mais le confinement me met une barrière que nul ne peut dépasser. Pourtant j’ai juste envie de trouver une belle excuse. Je l’ai déjà dit, une belle excuse. J’ai besoin d’une pote pour courir dans le parc Jarry, sinon je me perds. En notice du message il va y avoir ces indications *safe sex buddy*, Bring Your Own Dildo.

Orochi

Ce que j’aime dans la vie c’est manger, les bains, et les orgasmes. Et ça tombe bien, depuis le confinement, je peux consacrer beaucoup plus de temps à ces activités.

Je m’allonge confortablement dans mon bain, je dirige avec précision le jet de la douche entre mes genoux, je ferme les yeux et j’imagine.

Je suis une ondine nageant nue dans une rivière sombre. Je me laisse porter par le courant, l’eau me caresse doucement.

Secret Balcony

Deux semaines, ça allait. Cette semaine ça ne va plus. On a décidé de faire le confinement de façon séparée… On est pas un couple, on s’entend bien, je crash souvent chez lui et lui chez moi. Mais vivre un confinement, non merci ! Mais là ça va pas du tout. On sexms, c’est bien, mais là j’ai la tête qui fonctionne plus du tout. 

Tu fais quoi ?

Je reçois souvent une réponse un peu banale. Le confinement nous oblige à avoir des discussions parfois animées, parfois ennuyantes. 

On va prendre une marche ? Je m’ennuie de toi…

Le maître des cordes

Jour # je sais plus combien depuis le début du confinement

Il est midi, je me décide à me lever. Je prends un café devant mon laptop, 24 786 cas, 734 morts, 2412 memes, zéro message de lui. Je retourne dans mon lit. Quelques minutes plus tard, les mains et la chatte encore vibrantes, je laisse tomber le Magic Wand à terre. Peut-on développer une addiction à ce truc? Je vérifie à nouveau la messagerie. Rien. Je remonte le temps en glissant le doigt sur l’écran pour voir les anciens messages. On s’est rencontrés une seule fois en mars, il y a une éternité, ou quelques semaines, dans le temps d’avant. Je voulais découvrir le Shibari.

Tinder date

En temps de confinement on se retrouve parfois sur tinder ; à cause de l’ennui, de l’envie… Voici mon histoire d’un samedi anodin sur cette plateforme de rencontres.

Je match avec un américain, ah tiens je ne savais pas qu’on pouvait matcher partout dans le monde maintenant. Il me dit rapidement que c’est sa première fois sur tinder et que mon profil lui a tout de suite plu. Après quelques messages pleins de confiance et d’entrain je lui donne mon WhatsApp… Parce que tinder “ça beug”. On se parle et on a un gros point commun l’art, la créativité, et bien évidemment le célibat en confinement. 

Obsessions

C’est le vide interclitoridien depuis le confinement. Le vide. Oui, tu sais, le vide. Quand tu te mets au dessus d’un puits, tu lances un caillou et il ne se passe rien. Tu attends. Tu tends l’oreille. Puis, au bout de plusieurs longues mini secondes-minutes, tu entends comme une mini résonance du caillou qui rebondit au fond du puits avec un mini écho qui te confirme bien que c’est le vide interclitoridien. L’obsession remplit mes journées, mes nuits, mes semaines : celle de baiser. Certains vont dire, le lien social, le travail, les repas entre ami-es…Oui, c’est vrai. Mais, moi, mon obsession quotidienne n’est pas d’aller travailler! C’est de baiser.

L’araignée nocturne

Tardivement épuisée par cette journée qui n’en finit pas. Une productivité sans limite de vidéos minables et d’articles en tous genres provenant de l’écran lumineux. Je suis cernée, les yeux agrandis par la connerie de notre monde. Je bloque le plafond de ma chambre, perdue dans mes pensées. Dans les coins, les araignées ont tissé leurs hamacs. Elles sont tellement agiles… Je finis par éteindre ma lampe de chevet. 
Il est temps de retrouver les bras de Morphée.

L’insomnie pointe le bout de son nez. Je me tourne et me retourne enlaçant les draps entre mes jambes comme pour leur donner vie.

La pause

C’était au début, le 6 ou le 7 avril je pense, j’avais fini mon shift. Une semaine avant on avait reçu aux soins intensifs les pires cas des autres hôpitaux; les urgences étaient vides mais ici les lits commençaient à déborder. Après 9h sans arrêt à courir partout j’étais allée dormir sur deux chaises à la salle de break. C’est rare que je rêve quand je m’endors épuisée, mais en même temps je ne rêvais pas vraiment, à mi-chemin entre des images que j’allais chercher moi-même et d’autres que mon cerveau me proposait. Des souvenirs d’un gars que j’avais vu quelques fois deux mois plus tôt, un grand gars, trop grand pour moi presque (je fais 5 pieds 4), que j’imaginais nu contre moi.

Une soirée

Il est 18h30 quand je passe le pas de ma porte. Essoufflée de mon ascension des escaliers et de ma journée, je balance mon sac dans un coin du salon et me jette sur le canapé. Quelle belle sensation que de sentir tout son corps se relâcher de la pression du quotidien. Mon pantalon entrave la plénitude de ce moment, trop serré, trop inconfortable, je le retire et le jette lui aussi dans un coin du salon. 

Le fantôme

Le jour se glisse par la fenêtre, puis contre mes paupières. Je les ouvre, les meubles de ma chambre s’installent sous mon regard. Je m’enlise dans mon corps comme chaque matin, m’efforçant d’assembler mes pensées en quelque chose de cohérent. Le monde normal s’articule et vient remplacer les traces de ce monde d’avant le soleil, les restes de mes rêves. Ceux de cette nuit laissent les allusions d’un toucher dans mes jambes, sur mes épaules. Mes draps sont doux comme une peau tiède.

Traverser la planète pour baiser

J’le connais pas, I mean, je le connais pas vraiment.

Ça fait deux semaines qu’il m’a approché. Je suis vraiment réticente, j’veux personne dans ma vie.
Les jours passent. Pas vraiment de messages textes ni d’appels pendant plus d’une semaine. Bon, ça y est c’est fini, pis c’est bin correct comme ça.

Mercredi matin 7h11 AM. Mon cell sonne. Hein, huh, allo?

L’espace d’un songe

Devant mon café je tentais de retrouver les détails de la nuit. Je me concentrais sur les vapeurs chaudes qui émanaient de la tasse comme si elles allaient me révéler des bribes de ces songes. Je ne me souvenais que très peu des événements alors j’essayais presque de les provoquer selon les émotions qui subsistaient et semblaient pouvoir disparaitre d’une seconde à l’autre. Il fallait les saisir immédiatement, sans trop attendre ni réfléchir.

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